jeudi 5 août 2010

- A chaque fois que tu respires c'est comme un bout de tissu qui se déchire.

Te regarder dormir, paisible. Imprimer en moi, derrière mes yeux clos, les traits si doux de ton visage et le rythme régulier de ta respiration, rassurante. Je joue contre la montre, à contre temps, car celui-ci m'est compté finalement. Parce que les secondes en ta compagnie ne sont qu'éphémères, et même en le sachant, je n'arrive à profiter de ta tendresse et de tes baisers, au présent. Je m'imprègne entièrement de ton parfum enivrant, de l'odeur délicate de ta peau, du goût de tes lèvres, et du reste. Un été de premières fois. Premières virées à l'arrière d'un scooter, premières boîtes, premières soirées avec certains, première amourette vacancière, premières nuits ailleurs que sous le toit familial, premières JPS, premier whisky-coca sans mauvaises surprises, premières embrassades éméchées, premiers retours de soirées sur un deux roues sous les étoiles le vent dans les cheveux et les mains congelées. Et si la vraie vie ne se résumait qu'à ça finalement ? Si le reste n'était qu'illusion et que nos coeurs ne palpitaient réellement qu'aux rythmes des musiques enivrantes et des alcools en tout genre ? Ma vie est aussi simple que ça. Du bonheur à l'état pur, pire qu'une drogue, un rail, de l'héro, tout ça. Dix, quinze, cinquante, cent, mille, des milliards de fois mieux. L'épée de Damoclès me menace. Elle ne tardera à montrer le bout de sa lame, étincelante. D'ici une semaine, tout prendra fin. Les baisers volés et les autres bêtises passées sous silence. Parce que c'est comme ça. Pas avec moi. Et encore une dernière fois je t'en prie, laisse moi m'enrouler, m'emmitoufler, me camoufler, me protéger, me serrer, m'étouffer, au creux de tes bras, de ton odeur, jusqu'à l'écœurement, le coma, l'overdose. Nous ne sommes que des amants de soirées alcoolisées, des feux d'artifices et des explosions plein la tête. Mais quand le jour se lève, tout se dissipe. Ou presque. Vivons une ultime nuit sous tes draps, à partager nos sens et nos envies. Sentir nos doigts s'entrelacer, s'emmêler, se perdre, jusqu'à l'interdit, enfin.

*

Impossible de dormir avec une telle chaleur. Mon corps est moite et se colle à la moindre partielle de tissus. Désagréable sensation. Il est trop tôt. Trop tard. Je ne sais pas. Et à vrai dire, je ne l'ai jamais su. J'ai laissé le temps se faire maître de mes journées et de leur déroulement. Quel jour est-il donc ? Une vive impulsion a jeté mon unique calendrier dans la poubelle, accompagné violemment du même geste par tout objet insignifiant pouvant indiquer un quelconque horaire, un quelconque repère, temporel, spatial, ou autre s'il en existe. Ermite ? Folle ? Partiellement dérangée ? Dépressive ? Non non non, ce n'est rien de tout cela. Une lointaine rencontre revenue d'outre-tombe m' a tendrement rendu visite une nuit, il y a quelques jours à peine.

Un soir où il faisait doux, une présence m'a réveillé. Je sursautais une première fois. Elle était là, au pied de mon lit.

mardi 6 juillet 2010

- Cérémonia.

Minuit moins dix. Elle enjamba sans aucune difficulté le parapet, dernier obstacle à sa folie nocturne, compagne de tous les jours, de toutes les nuits. Plutôt de ses nuits, en fait. Ce désir d'évasion et cette mélancolie maladive étaient alors ses meilleures amies, ses confidentes, ses maîtres à penser. Elle portait son short noir et son haut violet, qu'elle aimait tant. Sûrement les ultimes choses pour lesquelles elle dépensa un peu d'affection.

Ses yeux bleus, vides et rougis des larmes incessantes, scrutaient l'horizon. Comme s'il y avait un quelconque espoir. Une échappatoire. Une sortie de secours. Ou encore une trappe dissimulée sous ses pieds nus, qui la ferait disparaître instantanément. Où ? A l'abri des regards, de la foule, des gens, et d'elle-même. Sa carapace contre le reste du monde n'était pas un bouclier assez puissant contre les cauchemars et les fantômes du passé ne cessant de la hanter.

On aurait pu croire que la funeste tragédie était déjà survenue, tellement sa peau était blanche. Elle faisait écho à la pleine lune, pâle. Comme si un peintre avait minutieusement désiré une harmonie des couleurs dans ce sombre paysage. Du clair-obscur. Très bien. Quoiqu'un peu sinistre pour une galerie d'art.

Elle ressemblait un peu à un ange, sculpté dans un seul morceau de pierre, immobile. En position de pénitence, un désir étrange et inexplicable d'être absous, pardonné de ses pêchés passés, présents et même futurs d'ailleurs.

Ses membres crispés par le froid ambiant ne montrèrent aucune résistance. Ils aurait dû. Qui sait, ils l'auraient peut-être sauvé. Tout au moins de sa bêtise si ce n'est de ces souvenirs invivables.

Elle cligna plusieurs fois des yeux et se redressa, affrontant en duel, la nuit, et ses pires démons. Peine perdue. Elle avait déjà essayé et se savait trop faible. Elle fronça les sourcils, forçant sa mémoire à recoller les morceaux dispersés, tellement loin. Rien. Elle jeta un coup d'œil autour d'elle. La pile de vêtements sales ainsi que le cendrier débordant lui revinrent d'outre-tombe. Cela ne l'étonna guère. Elle serra les poings si fort que ses ongles lui griffèrent l'intérieur des mains. Ses dents grincèrent, de colère, de rage. Mais ses yeux, eux, ne voyaient que regret et peine. Fatigue et faiblesse. Impuissance et nostalgie. Déception et rancœur.

Et voilà qu'elle devint muette. Elle préférait se taire et hurler en silence plutôt que de rendre sourd son maigre entourage. Un vieil ami, auquel elle n'osait pas donner de nom, lui rendait alors visite tard le soir. C'est quand elle sentait la nausée déborder, de l'estomac aux bords des lèvres, et la réalité vaciller sous ses frêles jambes, qu'elle lui faisait appel. Souvent c'était quand même l'ombre elle-même qui venait en personne jusqu'à elle, par de sinueux chemins, parcourus maintenant à l'aveuglette. Il lui permettait de s'envoler loin, de ne plus toucher terre. D'enfin croire aux couleurs et à l'amour, à la confiance et au bonheur. Et ces soirs-là, on pouvait entendre ses rires résonner jusqu'au firmament. Jusqu'aux étoiles, et même plus loin encore. Son cœur battait pour de vrai, pompant joie et vie. Elle caressait tendrement le ciel du bout des doigts, pour de vrai. L'ami revint plusieurs fois par mois, puis par semaines, et enfin par soirées.

Ses bras lâchèrent le parapet, elle tenait en équilibre, du bout des pieds, au bord du vide. Le plus majestueux des funambules dira la voisine d'en face, derrière sa fenêtre. C'est les yeux fermés et un drôle de sourire aux lèvres qu'elle heurta le sol. Elle avait pourtant de grandes et gracieuses ailes tatouées dans le dos.




mardi 8 juin 2010

- Tonight gonna be the last night.

Parce que, à Montpellier-City, ce fut avant tout des rencontres, des sourires, de la bonne humeur, de la joie, et surtout, toujours de nouveaux visages...

Adrien et Tchoumi les Belges, Fabio - Luca - Lucas les Italiens, Pacôme, Sami, Sad, Olivier, Adrien, Léo, François, Alex, Paul, Yannick, "Kévin", Sylvestre, Cécile, Cécilia, celle de Lilles à la gaypride, l'inconnu à la casquette au Cargo, Mickaël, Paul, Gautier, Issa, Kévin, Louis, Alban, Corentin, Quentin, Justine, Morgane, Sophia, Marine, Mathilde, Laurie, Antoine, Nicolas, Olivier le trentenaire aux yeux bleus, Nicolàs, Antonio, Guillaume, Jo, Steve, Yohan, Corentin, Aman, Noé, Jonathan, Jérémy, Iban, Thomas, Cédric, Gaël, Mr Astruc, Kévin, Youssef, Olivier, Thomas, Francis, Sam, Thomas, Lila, Manon, Charlotte, Julie, Manon, Maxime, Karima, Solica, Rodolphe le serveur du Charlies, Mistery à la rentrée, l'inconnu qui comatait à l'arrêt de Tram, Anthony, Polyne, Nicolas, l'Allemand, Manou...Et BLABLABLA.

mardi 18 mai 2010

- Et hop, et hop, et hop.

Tu as raison, je suis amoureuse. Je suis amoureuse à sens unique. L'amoureuse perdue dans ses joues rougissantes. L'amoureuse cachée au fond de ses fossettes. La fausse menteuse.

Oui, les amours à sens unique sont les plus puissants.

-> C'est totalement hors-sujet, mais ça fait un bien fou d'exterioriser.

lundi 17 mai 2010

- 2H37.

Parce que, après tout, cela n'a plus aucun sens. On avance et puis voilà. Et puis j'me dis : combien de boîtes de maïs, de thon ou de sardines infâmes ai-je ingurgité ? Combien de soirées ai-je passé seule dans ma chambre moniale à attendre que les heures se déroulent, avec une cruelle mélancolie ? C'est normal tout ça.

Les premiers adieux aujourd'hui. Dire ces mots à des gens que l'on commençait à peine à connaître et qui s'en vont déjà ailleurs. "Oh mais pars pas à Paris, ça sera moins drôle sans toi !". Merci. C'est bien la première à avouer cela. Mais je sens déjà les liens se dissiper, se volatiliser. Comme si de rien n'était. Depuis toujours je déteste les fins. C'est inhumain, tout simplement. J'vais partir et personne ici ne verra la différence. Une de plus ou de moins, en quoi cela vous importe-t-il ? Pour vous, rien n'aura changer et ce sera la même chose. Finalement je fuis, encore, de nouveau. Tout comme je l'ai fais en partant à Montpellier. Je ne veux pas de racines, pas de pied-à-terre, aucune sûreté. Laisser en plan un tas de choses inachevées, des esquisses d'amitié, des questions sans réponses, des problèmes non résolus, des phrases oubliées..Parce que tout le monde aura oublié cette jeune fille aux allures d'artiste, un peu ronde, rêveuse, passant plus de temps ailleurs que sur la terre ferme, se gavant de films et de musiques jusqu'à l'overdose, absente (trop souvent), se dissimulant derrière un pauvre sourire sans conviction, si joyeuse quand l'alcool coule dans ses veines et si nostalgique les matins difficiles..Personne ne saura, n'a cherché à comprendre, à savoir, à connaître. Ou si peu. Que du vent. Je ne suis qu'une ombre, qui passe, qui n'était que de passage en ces lieux. Comme à mon habitude je me volatilise. Je ne reste jamais. Mon baluchon jeté sur une épaule, des clous en guise de semelle et j'avancerais au grès des chemins sinueux que je connais par coeur. Et puis regarder défiler des sourires et de la joie sur les photos et se dire que ce n'était qu'éphémère. Tenter de s'en convaincre malgré les émotions et les sentiments. Je ne suis que le miroir d'une autre que je ne connais pas encore, que je ne rencontrerais peut-être que dans un futur, lointain ou proche, si Dieu le veut, si Dieu a quelque chose à voir là-dedans.



S'en souvenir comme d'hier, décision prise sans préméditation, en discutant avec une copine et m'entendre dire "Moi de toutes façons j'me casse, j'monte à Paris. J'veux plus d'cette vie où jamais demain ne veut dire quelque chose". Une grande phrase à la con parmis tant d'autres. Mais en raccrochant me rendre compte que j'allais le faire. Pas des paroles en l'air. Remplir un sac de choses et d'autres sans importance, qu'est-ce qu'on enmène ? La gare, la queue au guichet et un billet de première classe alors que pas une tune... Pour le symbole, pour pas débarquer là-bas come une putain d'crevarde...

Je sens que tout recommence, que la petite fille m'abandonne de nouveau. Reviens. Personne ne m'en croyait capable. Auriez-vous oublié que j'adore relever les défis, même idiots ?

jeudi 13 mai 2010

- J'ai une autre maladie : j'écris.

Nostalgie ( ou "mal du pays") : est un sentiment comprenant souvent une mélancolie, accompagnée d'un envoûtement par rapport à des souvenirs. La plupart du temps, ce sentiment est provoqué suite à un manque d'une certaine époque que l'on a vécue et que l'on a apprécié vivre ou que l'on se plait bien à croire agréable a posteriori. Ce manque est souvent provoqué par la perte ou le rappel d'un de ces éléments passés.




- We're not cool / We're free.



JAMAIS TRISTES.
JAMAIS ÉGOÏSTES.


mardi 4 mai 2010

- Alice in Wonderland.










Il y a un endroit comme nulle part ailleurs. Un monde plein de merveilles, de mystères et de dangers.
On dit que pour y survivre il faut être complètement fou. Heureusement, je le suis.



- Cecilia. Simon & Garfunkel.

Cecilia, you're breaking my heart
You're shaking my confidence daily
Oh, Cecilia, I'm down on my knees
I'm begging you please to come home

Cecilia, you're breaking my heart
You're shaking my confidence daily
Oh, Cecilia, I'm down on my knees
I'm begging you please to come home
Come on home

Making love in the afternoon with Cecilia
Up in my bedroom (making love)
I got up to wash my face
When I come back to bed
Someone's taken my place

Cecilia, you're breaking my heart
You're shaking my confidence daily
Oh, Cecilia, I'm down on my knees
I'm begging you please to come home
Come on home

Jubilation, she loves me again
I fall on the floor and I'm laughing
Jubilation, she loves me again
I fall on the floor and I'm laughing

vendredi 30 avril 2010

- Today it's raining.







J'veux pas qu'on s'épuise , a tout m'expliquer
Laissez-moi des surprises , laissez-moi rêver
Et m'enivrer de rires , et m'enivrer d'un rien
Je veux passer la vie , à n'être qu'un matin.






jeudi 29 avril 2010

- Happy End.

Arrêter les pendules, couper le téléphone,
Empêcher le chien d'aboyer pour l'os que je lui donne,
Faire taire les pianos et les roulements de tambour
Sortir le cercueil avant la fin du jour.

Que les avions qui hurlent au dehors
Dessinent ces trois mots Il Est Mort,
Nouer des voiles noirs aux colonnes des édifices
Ganter de noir les mains des agents de police

Il était mon Nord, mon Sud, mon Est, mon Ouest,
Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste,
Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson.
Je croyais que l'amour jamais ne finirait : j'avais tort.

Que les étoiles se retirent, qu'on les balaye
Démonter la lune et le soleil
Vider l'océan, arracher les forêts
Car rien de bon ne peut advenir désormais.

Funeral Blues, de WH Auden.

mardi 27 avril 2010

- [...] I want to exorcise the demons from your past.


Cela commence par une haine de l'injustice, et de soi-même. Sortir de sa chambre et lui dire enfin tout ce que j'avais ruminé durant ces vacances. Un acteur de théâtre ne pouvait mieux connaître son texte que moi à cet instant. Je vivais toutes ces phrases que je lui jetais à la figure avec mépris et insolence surtout. Se moquer, c'est tellement facile. Tourner l'autre en dérision en le rendant ridicule, rien de plus simple finalement. Ah, vous disiez que je n'avais aucune répartie ? Perdu. J'ai utilisé un ton, un timbre de voix, de plus en plus agressif. Je hais l'injustice, simplement. Habituellement on ne trouve l'excellente répartie qu'une fois l'offensive passée et enterrée. On est déçu de ne pas l'avoir eu sur le bout des lèvres avant, car elle était poignante cette phrase-là ! "Ah si j'avais pu lui dire ça quand il était encore temps de lui en mettre plein la face !". Mais non. Les claques les plus mesquines, les plus cruelles, et les plus blessantes ne viennent qu'un moment après, alors que le feu est éteint et que les armes sont rengainées. Pas cette fois, pas après y avoir tant réfléchi. Mon texte était parfait. Pourquoi attendre un instant de plus ? Je m'y étais préparée, j'étais prête à l'affronter pour un grand final éclatant. Chose faite. Même après deux semaines de silence. Tant pis. Ce qui devait être dit l'est désormais, cartes sur table. Pas de gagnante, ni de perdante. Juste de la déception dans les deux clans. Et une impatience d'en terminer avec tout cela, de quitter ces lieux de discorde et de médisance, et partir, ailleurs, loin. Les gens sont horriblement décevants. Ou alors est-ce moi qui change de vision ? Je ne sais pas. Ce qui est certain, c'est que je hais l'injustice. Et apprendre de sa bouche que d'autres critiques se faisaient dans notre dos fut la cerise sur le gâteau. Je n'ai plus rien à faire ici.

Après on a eu cette sensation d'être au sommet de notre jeunesse et de notre liberté. On se serait cru dans une série américaine adolescente. Et ils m'ont fait rire, juste ce qu'il fallait. Sur cette pseudo-terrasse aménagée, un poil d'insouciance et un brin d'humour, cigarette au bec et interpellant les passants nocturnes qui nous souriaient discrètement. Il n'y a pas meilleur remède ici que je connaisse.

Puis se retrouver seule dans un amphi. Enfin pas seule à proprement parler puisque celui-ci était rempli. Mais c'est une sensation bien étrange qui naît au creux du ventre quand on se sent délaissé au milieu d'un espace plein de gens. Une rotation cervicale à gauche. Rien. Une rotation cervicale à droite. Toujours personne. Alors quand je vois ces "bandes", ces "groupes", qui se forment et qui ne se lâchent plus, blagues après blagues, rires après rires, soirées après soirées, jours après jours, je suis jalouse. J'ai toujours rêvé de faire partie d'une vraie bande, dans laquelle on aurait des surnoms, une façon de se saluer rien qu'à nous et des blagues que nous seules pourrions comprendre, basées sur des souvenirs de vacances, de soirées, de repas, en commun. Et pas uniquement des soirées hebdomadaires desquelles on ne se souvient finalement que très peu. Mon père ne m'ayant guère encourager dans la création des liens amicaux a très justement résumé mon sentiment et ma situation par cette simple phrase : "Maintenant tu te sens seule ? Mais ce sera toujours comme ça, il faudra que tu avances seule car tu ne peux compter que trop peu sur les autres".

Photo : vieux amis.

jeudi 1 avril 2010

- Je n'ai rien pour te faire rire, que ma bonne gueule ma foi.

Toutes ressemblances ou allusions avec des personnes, des dates, des lieux réels ne sont pas, au travers de ces lignes, de pures coïncidences.

C'est un récit à propos d'une connaissance.
Non, ce n'est pas exactement ça.
Alors c'est le récit d'un hasard.
Non, cela ne peut être uniquement le fruit du hasard.
Recommençons.
C'est un récit à propos d'un dialogue.
Pas seulement une affaire de discussion.
C'est alors un tour joué par destin.
Je ne crois pas au destin, trop fataliste comme idée.
Finalement, c'est le récit d'une rencontre, et uniquement cela.

*

Dans les mégalopoles il est rare de trouver assez de courage pour discuter avec des inconnus. Bêtement, nous avons, je crois, constamment peur de "déranger" les gens, par notre simple présence tout d'abord. Puis de les ennuyer. Et enfin de ne pas assez les intéresser pour qu'ils restent en notre innocente compagnie. Quels amis avons-nous ainsi jamais connus ? A côté de combien d'occasions d'élargir notre répertoire sommes-nous passés ? Qui sait. Pour une simple histoire de temps, de courage, et de mots.

*

Mais le récit de cette rencontre ne prend pas place dans une mégapole fourmillante de visages, où nous n'avons pas le choix d'être, au quotidien, noyé dans une foule respirant uniquement le mépris de la gente humaine, quelle qu'elle soit. Cette histoire se déroule dans une ville du Sud de la France. Vous savez très bien de quel lieu je peux parler, vous avez forcément une ou plusieurs idées derrière la tête. Oui, c'est bien là. Il m'est donc inutile de vous passer en revu cet accent si prononcé, ce soleil chatoyant, ces cigales mélodieuses et ces mœurs, si particulières, mais pour lesquelles n'importe quel être humain est naturellement fait. Ce n'était pas une rencontre programmé, différente de ce qui aurait pu être communément appelé "rendez-vous". C'était bien plus que cela. Et cela n'avait rien de commun ou de banal.

(à suivre...)

lundi 22 mars 2010

- How to save a life.


4h du mat'. Seule à être encore debout, alors que les autres dorment tous, alors que les amis sont encore entrain de danser. Alors elle erre dans la maison comme un fantôme, ses pas, ses gestes, ses paroles, ses pensées sont dénués de logique et de sens. Mais elle avance quand même, comme si de rien n'était. Comme si elle n'avait pas commis une fois de plus ces erreurs, comme si elle n'avait pas bu une goutte. Alors elle est sortie dehors. L'air frais et la pluie viennent fouetter son visage aux joues enfantines. Elle avance un peu, ses pieds ne peuvent plus marcher, elle se stoppe et fond en larmes. C'est bon de sentir ces rigoles salées qui viennent épouser ses formes généreuses. Et là, pieds nus sur le sol humide, elle ne perçoit même pas le vent froid, ni le chien qui aboie à la lune, ni les fourmis qui lui grimpent sur les pieds, ni rien d'autres. L'idée ne lui vient pas qu'elle peut tomber malade, mais elle pourrait partir loin, s'enfuir, sans que personne ne le remarque. Finalement elle s'abandonne aux souvenirs et à la fumée magique, aussi libre que l'air. Là, à cet instant précis, la tête en vrac et l'esprit vagabond, elle se sent bien. Les larmes ne cessent plus, elle se sent ailleurs, et il n'y a que ça de vrai.
[...]
9h30 du mat'. La maison est silencieuse, les amis dorment, même les derniers rentrés. Elle se sent sale et lointaine. Elle n'a pas dormi, la tête lui tournait beaucoup trop pour que le sommeil lui vienne. Elle se lève tant bien que mal et essaie d'avancer dans le couloir. Celui-ci lui paraît interminable. Arrivée à la salle de bain, le miroir est inévitable. Et c'est un désastre. Les yeux cernés de bleu, les cheveux gras, la bouche pâteuse et le regard vide. Elle retire un à un ses vêtements, formant une flaque à ses pieds. Pas de mauvaise surprise, ni marques, ni griffures, tant mieux. Finalement une douche ne sera que bienvenue. L'eau froide lui coule sur les cheveux, même pas elle ne prend le temps de régler la température. Elle ne sent pas ces aiguilles glacées qui lui entrent une à une dans la peau. Elle ferme doucement les yeux et pourrait y rester des heures. Les regards des autres l'ont surveillé pour que la descente cesse. Mais une gorgée et c'est le déclin, inévitable et prévisible. Rien à faire.
[...]
12h15. Dans le train, la tête contre la vitre, de la musique dans les oreilles, elle tente de se souvenir. Mais elle ne voit que ces regards qui ont essayé de la sauver, de la repêcher, d'éviter la descente en piqué. Tout ce qu'elle a su hurler sous la lune est cette chanson : J'm'en fou / J'ai pas besoin de toi / Quelques soient les recours, les appels au secours, ne te retourne pas. Mais le regret est venu vicieusement prendre sa place, et la noyer de chagrin. Puis la nostalgie, le manque, la honte et la perte enfin.

Les 2h30 de retard pour rentrer à Montpellier ne sont rien par-rapport au reste. Et ce bruit, de cadavre que l'on écrase, de violence, les passagers ont tous sursauté, surpris, pris au dépourvu. Ce bruit-là me hante encore, constamment. C'était...il n'y a pas de mots assez forts pour décrire à quel point ce bruit sourd était violent.

Et des messages lointains d'un père à New-York, messages d'amour, une petite pensée. Mais je sais ce qui se cache derrière, une horrible déception. Tant pis hein. Puis voir son p'tit frère à la webcam, si naïf, si innocent, loin de tout ça, loin de savoir la vie que je mène mais qui est là, l'air de rien, si mignon, leurs sourires sont tellement importants. Ils ne le savent pas.


Photo is mine. Petit Blondinet en Corse, 2009.

dimanche 7 mars 2010

- Always lost in the sea.

Déjà la toute première fois je n'avais pas compris ce pincement dans l'estomac, les boyaux qui se tordaient, le mal que j'avais à déglutir et les yeux qui picotaient, rougissaient pour enfin donner naissance à de discrètes larmes sur mes joues rondes, silencieuses.

Et la deuxième fois voilà que j'en comprends l'effet, cette paix qui m'envahit et ce désir de se laisser aller, là où j'étais en sécurité, hors d'atteinte mais à l'abri dans un cocon des plus résistants, et des plus dangereux aussi.

Je veux encore, et encore, et encore, jusqu'à la noyade, l'évanouissement, l'abandon de corps et âme, je veux encore et encore me livrer au Grand Bleu.

Finalement, ça m'est égal que l'on pense que je suis un peu allumée, étourdie, rêveuse, naïve, car ce Jacques Mayol est un modèle, une part de moi-même projetée dans un miroir, terrifiant et à la fois apaisant. Cet univers bleu réveille en moi de drôles de choses, mais j'aime ça, par-dessus tout. Et tout comme lui, je voudrais bien y rester, moi aussi, au fond, à tout jamais envoûtée. C'est tout ce que j'ai.

- Tu descends au fond de la mer très loin, si loin que le bleu n'existe plus, là où le ciel n'est plus qu'un souvenir. Une fois que tu es là dans le silence, tu y restes et si tu décides que tu veux mourir pour elles, rester avec elles pour l'éternité . Alors elles viennent vers toi et jugent l'amour que tu leur portes. S'il est sincère, s'il est pur et si tu leur plais alors elles t'emmèneront pour toujours.


mardi 2 mars 2010

- Instead of makin' me better, you keep makin' me ill / You keep makin' me ill.

Un vélo a failli m'écraser alors qu'il était en tort, et je m'excuse. Alors qu'il m'a gueulé dessus injustement, j'ai murmuré un "désolé", inaudible. Mais encore une fois je m'agenouille et je présente mes plus plates excuses alors que je n'ai rien fait. C'est stupide. Je hais ça, c'est injuste.

Et les photos ne serviront à rien contre la lutte de la nostalgie, au contraire. Ce sont de faux souvenirs, des sourires superficiels du moment, rien de plus. Seulement des visages immobiles et réduis à tenir la même pose durant des années durant. Rien, rien, rien de plus. Alors cesse donc de les regarder !

Le poignet immobilisé pour des raisons mystérieuses, on se sent encore plus bête, surtout quand on sait pourquoi bordel.

When I can run just as fast as I can
To the middle of nowhere
To the middle of my frustrated fears
And I swear, You just like a pill.

En sortant du cinéma, je me suis dis que en fait, je suis beaucoup trop sensible aux petites choses pour exercer dans ce milieu, cela me sera un obstacle plus qu'une source d'inspiration. Alors que faire ? Dans quelle cour jouer ? C'est vrai que j'attache trop d'importance à ce qui peut me toucher, de près, comme de loin.

"J'ai découvert une fille extraordinaire quand elle est gaie mais quand elle revient à la réalité se limite, alors que même bourrée, elle est parfaite [...] Ne pleure plus devant les gens et fais tes choix !" M.

samedi 27 février 2010

- Manger quedal et écouter Barbara.



Sous les faux-sourires et les accolades superficielles, on s'effondre en mille morceaux, dans un fracas assourdissant et silencieux, pour ne déranger personne, ça serait déplacé et ô combien honteux de se faire ramasser par les Autres, à la louche.

mardi 23 février 2010

- Pardonne moi je m'égare mais tout me fait peur ce soir.

Et maintenant voilà que j'ai le bras recouvert de résine bleue, j'ai mal et je craque, bon sang ! Moi qui déteste être assistée ou prisonnière, Jackpot. Oui ça pourrait être pire. Y'a toujours pire, bien sûr. Mais quelle idiote. C'est bien fait pour moi, je crois. Dans le noir, si tard le soir, personne n'a vu que je n'étais pas réellement moi. Finalement, quoi de plus normal que de chuter quand on a les jambes qui flageollent ? Moi je le sais maintenant. Que cela me serve de leçon ? Une entorse (et la forte probabilité d'un os cassé) ne me raisonnera pas. Je ne vois pas en quoi cela serait une justice pour me faire cesser. Point Barre.

J'en ai marre d'être sans cesse désolée pour tout, je le reconnais oui, mais je suis comme ça et je ne peux rien y faire. C'est un moyen de se défendre, de se protéger, je ne sais pas. Malheureusement je m'en mords les doigts, la langue, je n'aurais pas dû parler. Et toutes les discussions prévues, j'aurais pu dire un tas d'autres choses moins gênantes, moins pesantes...Il a fallu que ça sorte... Je me sens tellement honteuse. Je n'ose plus, rien.